domingo, 16 de noviembre de 2008

El mejor de los mundos posibles

(Grabado del Terremoto de Lisboa, 1755)
CANDIDE,
ou
L'OPTIMISME,
TRADUIT DE L'ALLEMAND
DE M. LE DOCTEUR RALPH,
AVEC LES ADDITIONS
QU'ON A TROUVÉES DANS LA POCHE DU DOCTEUR,
LORSQU'IL MOURUT
À MINDEN, L'AN DE GRÂCE 1759
Chapitre 4
Comment Candide rencontra son ancien maître de philosophie, le docteur Pangloss, et ce qui en advint.
A ce discours, Candide s'évanouit encore; mais revenu à soi, et ayant dit tout ce qu'il devait dire, il s'enquit de la cause et de l'effet, et de la raison suffisante qui avait mis Pangloss dans un si piteux état. Hélas ! dit l'autre, c'est l'amour: l'amour, le consolateur du genre humain, le conservateur de l'univers, l'âme de tous les êtres sensibles, le tendre amour. Hélas ! dit Candide, je l'ai connu cet amour, ce souverain des cœurs, cette âme de notre âme; il ne m'a jamais valu qu'un baiser et vingt coups de pied au cul. Comment cette belle cause a-t-elle pu produire en vous un effet si abominable?
Pangloss répondit en ces termes: O mon cher Candide ! vous avez connu Paquette, cette jolie suivante de notre auguste baronne: j'ai goûté dans ses bras les délices du paradis, qui ont produit ces tourments d'enfer dont vous me voyez dévoré; elle en était infectée, elle en est peut-être morte. Paquette tenait ce présent d'un cordelier très savant qui avait remonté à la source, car il l'avait eu d'une vieille comtesse, qui l'avait reçu d'un capitaine de cavalerie, qui le devait à une marquise, qui le tenait d'un page, qui l'avait reçu d'un jésuite, qui, étant novice, l'avait eu en droite ligne d'un des compagnons de Christophe Colomb. Pour moi, je ne le donnerai à personne, car je me meurs.
O Pangloss ! s'écria Candide, voilà une étrange généalogie ! n'est-ce pas le diable qui en fut la souche ? Point du tout, répliqua ce grand homme; c'était une chose indispensable dans le meilleur des mondes, un ingrédient nécessaire; car si Colomb n'avait pas attrapé dans une île de l'Amérique cette maladie[1] qui empoisonne la source de la génération, qui souvent même empêche la génération, et qui est évidemment l'opposé du grand but de la nature, nous n'aurions ni le chocolat ni la cochenille; il faut encore observer que jusqu'aujourd'hui, dans notre continent, cette maladie nous est particulière, comme la controverse. Les Turcs, les Indiens, les Persans, les Chinois, les Siamois, les Japonais, ne la connaissent pas encore; mais il y a une raison suffisante pour qu'ils la connaissent à leur tour dans quelques siècles. En attendant elle a fait un merveilleux progrès parmi nous, et surtout dans ces grandes armées composées d'honnêtes stipendiaires bien élevés, qui décident du destin des états; on peut assurer que, quand trente mille hommes combattent en bataille rangée contre des troupes égales en nombre, il y a environ vingt mille vérolés de chaque côté.
Voilà qui est admirable, dit Candide; mais il faut vous faire guérir. Et comment le puis-je ? dit Pangloss; je n'ai pas le sou, mon ami, et dans toute l'étendue de ce globe on ne peut ni se faire saigner, ni prendre un lavement sans payer, ou sans qu'il y ait quelqu'un qui paie pour nous.
Ce dernier discours détermina Candide; il alla se jeter aux pieds de son charitable anabaptiste Jacques, et lui fit une peinture si touchante de l'état où son ami était réduit, que le bon-homme n'hésita pas à recueillir le docteur Pangloss; il le fit guérir à ses dépens. Pangloss, dans la cure, ne perdit qu'un oeil et une oreille. Il écrivait bien, et savait parfaitement l'arithmétique. L'anabaptiste Jacques en fit son teneur de livres. Au bout de deux mois, étant obligé d'aller à Lisbonne pour les affaires de son commerce, il mena dans son vaisseau ses deux philosophes. Pangloss lui expliqua comment tout était on ne peut mieux. Jacques n'était pas de cet avis. Il faut bien, disait-il, que les hommes aient un peu corrompu la nature, car ils ne sont point nés loups, et ils sont devenus loups. Dieu ne leur a donné ni canons de vingt-quatre, ni baïonnettes, et ils se sont fait des baïonnettes et des canons pour se détruire. Je pourrais mettre en ligne de compte les banqueroutes, et la justice qui s'empare des biens des banqueroutiers pour en frustrer les créanciers. Tout cela était indispensable, répliquait le docteur borgne, et les malheurs particuliers font le bien général; de sorte que plus il y a de malheurs particuliers, et plus tout est bien. Tandis qu'il raisonnait, l'air s'obscurcit, les vents soufflèrent des quatre coins du monde, et le vaisseau fut assailli de la plus horrible tempête, à la vue du port de Lisbonne.

CANDIDO,
Ó
EL OPTIMISMO,
VERSION DEL ORIGINAL TUDESCO
DEL DR. RALPH,
Con las adiciones
que se han hallado en los papeles del Doctor,
despues de su fallecimiento
en Minden, el año 1759 de nuestra redencion.
CAPITULO IV.
De qué modo encontró Candido á su maestro de filosofía, el doctor Panglós, y de lo que le aconteció.
Desmayóse otra vez Candido al oir este lamentable cuento; pero vuelto en sí, y habiendo dicho quanto tenia que decir, se informó de la causa y efecto, y de la razón suficiente que en tan lastimosa situacion á Panglós habia puesto. ¡Ay! dixo el otro, el amor ha sido; el amor, el consolador del humano linage, el conservador del universo, el alma de todos los seres sensibles, el blando amor. Ha, dixo Candido, yo tambien he conocido á ese amor, á ese árbitro de los corazones, á esa alma de nuestra alma, que nunca me ha valido mas que un beso y veinte patadas en el trasero. ¿Cómo tan bella causa ha podido producir en vm. tan abominables efectos? Respondióle Panglós en los términos siguientes: Ya conociste, amado Candido, á Paquita, aquella linda doncella de nuestra ilustre baronesa; pues en sus brazos gocé los contentos celestiales, que han producido los infernales tormentos que ves que me consumen: estaba podrida, y acaso ha muerto. Paquita debió este don á un Franciscano instruidísimo, que había averiguado el orígen de su achaque, porque se le habia dado una condesa vieja, la qual le habia recibido de un capitan de caballería, que le hubo de una marquesa, á quien se le dió un page, que le cogió de un jesuita, el qual, siendo novicio, le habia recibido en línea recta de uno de los compañeros de Cristobal Colon. Yo por mi no se le daré á nadie, porque me voy á morir luego.
¡O Panglós, exclamó Candido, qué raro árbol de genealogía es ese! ¿fué acaso el diablo su primer tronco? No por cierto, replicó aquel varon eminente, que era indispensable cosa y necesario ingrediente del mas excelente de los mundos; porque si no hubieran pegado á Colon en una isla de América este mal que envenena el manantial de la generacion, y que á veces estorba la misma generacion, y manifiestamente se opone al principal blanco de naturaleza, no tuviéramos ni chocolate ni cochinilla; y se ha de notar que hasta el dia de hoy es peculiar de nosotros esta dolencia en este continente, no ménos que la teología escolástica. Todavía no se ha introducido en la Turquía, en la India, en la Persia, en la China, en Sian, ni en el Japon; pero razon hay suficiente para que la padezcan dentro de algunos siglos. Miéntras tanto es bendicion de Dios lo que entre nosotros prospera, con particularidad en los exércitos numerosos, que constan de honrados ganapanes muy bien educados, los quales deciden la suerte de los estados, y donde se puede afirmar con certeza, que quando pelean treinta mil hombres en campal batalla contra un exército igualmente numeroso, hay cerca de veinte mil galicosos por una y otra parte. Portentosa cosa es esa, dixo Candido, pero es preciso tratar de curaros. ¿Y cómo me he de curar, amiguito, dixo Panglós, si no tengo un ochavo; y en todo este vasto globo á nadie sangran, ni le administran una lavativa, sin que pague ó que alguien pague por él? Estas últimas razones determináron á Candido á irse á echar á los piés de su caritativo anabautista Santiago, á quien pintó tan tiernamente la situacion á que se vía reducido su amigo, que no dificultó el buen hombre en hospedar al doctor Panglós, y curarle á su costa. Esta cura no costó á Panglós mas que un ojo y una oreja. Como sabia escribir y contar con perfeccion, le hizo el anabautista su tenedor de libros. Viéndose precisado á cabo de dos meses á ir á Lisboa para asuntos de su comercio, se embarcó con sus dos filósofos. Panglós le explicaba de qué modo todas las cosas estaban peifectísimamente, y Santiago no era de su parecer. Fuerza es, decia, que hayan los hombres estragado algo la naturaleza, porque no naciéron lobos, y se han convertido en lobos. Dios no les dió ni cañones de veinte y quatro, ni bayonetas, y ellos para destruirse han fraguado bayonetas y cañones. Tambien pudiera mentar las quiebras, y la justicia que embarga los bienes de los fallidos para frustrar á los acreedores. Todo eso era indispensable, replicó el doctor tuerto, y de los males individuales se compone el bien general; de suerte que quanto mas males particulares hay, mejor está el todo. Miéntras estaba argumentando, se obscureció el cielo, sopláron furiosos los vientos de los quatro ángulos del mundo, y á vista del puerto de Lisboa fué embutido el navío de la tormenta mas hermosa.
Cándido o el optimismo
Voltaire
"El optimismo panglossiano"
En Cándido, (una obra maestra a la que se debe de reservar un fin de semana para su relectura); el personaje Pangloss (una sátira de las ideas de Leibniz), piensa que «tout est au mieux» («todo sucede para bien») y que vive en «le meilleur des mondes possibles» («el mejor de los mundos posibles»). Existen muy variados panglossianismos y todos disfrutamos de alguno, Cándido es una buena piedra de toque para conocer las debilidades y las fuerzas de los nuestros. Debe haber algún lugar del mundo donde deben de ir bien las cosas (Cándido creyó que en el Dorado), ¿van bien las cosas en nuestro mundo interior? ¿nuestra vida a escondidas es satisfactoria? ¿El coste de oportunidad del «escribir», es la felicidad? ¿o al contrario?
Voltaire con Cándido, nos permite averigüarlo a través del contraste.
Aquí Cándido
Aquí Candide
Aquí Pangloss
Los genitales de la hiena y el paradigma panglossiano